Bébé
PHOTSOC
a deux ans. Il avait fait ses premiers pas au printemps, il revient
avec ses premières dents à la fin de l’été, et déjà il pose plein de
questions. A la même période, en Nouvelle-Angleterre, l’automne fait la
fête dans la forêt. Il accroche un peu partout des boules d’or, des
taches écarlates, des guirlandes d’oranges où pointe en sentinelle le
vert des résineux. L’orgie de jaune et de sang déferle du nord vers le
sud, des sommets vers la vallée, du rude continent vers la fraîcheur
océane. Le vent arrache, en tourbillons, de grandes volées de feuilles
qui tombent en silence, avec la légèreté d’un simple flocon de neige. La
vague automnale entraîne le feuillage dans une valse polychrome qui lui
sera fatale. Un beau matin, saisie par le froid, la forêt se réveille
avec la gueule de bois, une sale gueule ocre, boueuse, roussâtre. La
tête des arbres, toute déplumée, se souvient à peine du vertige
multicolore de la veille. La couleur, l’hiver lui a tranché le cou d’un
coup.