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jeudi 20 décembre 2012

Aurore, sur les photographies de François-Xavier Seren


Je me souviens encore du crépuscule flamboyant, survenu il y a trente ans, de ce qu’on appelait parfois l’aristocratie ouvrière, du combat à mort de ces travailleurs de l’acier sortis de leurs châteaux couleur de rouille assiégés, chiffon rouge comme oriflamme, acclamés par toute une ville. Il ne m’est apparu que plus tard que la véritable défaite n’avait pas été la fin de la dernière occupation de la gendarmerie par les ouvriers, ou l’intraitable plan ministériel mettant à mort une ville entière, vidée de son âme et de ses habitants, défigurée et aplanie. Ce qui fut assassiné, plus largement que ces usines et leurs hommes, et plus lentement, quoiqu’en un laps de temps étonnamment bref au regard du temps de l’histoire, ce fut, dans l’idée qu’elle se faisait d’elle-même, la classe populaire entière. Qui a succombé sous l’accumulation des plans de licenciements et de reconversion. Sous des actes certes, souvent sans auteur clair, mais combien également sous des mots et des images. Il ne s’est pas agi d’une longue mort, de la danse de spectres sans réalité rejouant sans fin leur dégénérescence, mais du meurtre organisé de la croyance du peuple en lui-même.
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